DAPHNIS et ALCIMADURE

Un opéra en occitan a la cour du roi Louis XV

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Trois genres se trouvent dans cette pièce : le récitatif, l’air noble et l’air populaire. En effet, Jean- Joseph Cassanéa de Mondonville est allé puiser dans le répertoire musical populaire de sa région d’origine.

Un air languedocien : Polida pastorela

Acte 1 Scène V

Mondonville reconnaît dans l’avant-propos de son opéra qu’il y a intégré au moins un air languedocien :« J’ay crû nécessaire d’insérer dans mon Ouvrage un Air du Pays que j’ay ajusté. »

Comme le souligne Panat « Cet air du pays est un motif à six-huit dont la tournure rappelle de très près celle d’une chanson villageoise qui se répétait dans les campagnes : Roussignoulet dou bosc, roussignoulet salbatge ! »

Acte I, scène 5

DAFNIS Polida Pastorèla, Perleta dals amors, De la Ròsa novèla Esfaçatz las colors ; Perqué sietz vos tan bèla, E ieu tant amorós ? Polida Pastorèla, Perleta dals amors, Ben que me siatz cruèla leu n'aimarèi que vos.

Les airs d'opéra dans la chanson populaire

RECUEIL DE DIVERS AIRS TIRÉS DE L’OPÉRA, Carpentras, Bibliothèque-Musée Inguimbertine, MS 1055 (2)

On retrouve les airs de l’opéra Daphnis et Alcimadure utilisés comme mélodies de plusieurs recueils de Noëls publiés à Toulouse chez J.H. Guillemette sous les titres Noëls nouveaux à l’honneur de la naissance du Messie et Noëls nouveaux à l’honneur de la naissance du Sauveur du monde.

C’était une pratique courante de retrouver des airs d’opéra dans des chansons populaires tout comme ces airs populaires pouvaient être eux-mêmes une source d’inspiration.

Controverse autour de l'utilisation d'un autre opéra

OPÉRA    DE    FRONTIGNAN, Nicolas Fizes.1 volume, 128 pages. 230 x 170 mm. Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, Ms 885

La présentation de l’opéra devant la cour ne se fait pas sans critiques.

Selon le baron Grimm, critique musical et ardent défenseur de la musique italienne, Mondonville aurait seulement arrangé l’Opéra de Frontignan de Nicolas Fizes (1679), considéré aujourd’hui comme le premier opéra en occitan. Cette accusation est facilement réfutable puisque l’ouvrage de Fizes n’est pas un opéra au sens où nous l’entendons (et où on l’entendait déjà au temps de Mondonville) mais une série de reprises de chansons occitanes et françaises à la mode, mentionnées par des timbres et non pas notées sur des portées.

La provençale des fêtes de Thalie

LA PROVENÇALE, Nouvelle entrée ajoutée aux Festes de Thalie en septembre 1722 par Mr Mouret, Bibliothèque nationale de France, département Musique, VM2-252.

Un autre méridional natif d’Avignon, Jean-Joseph Mouret, avait introduit plus de trente ans auparavant la langue d’oc dans une Entrée des Fêtes de Thalie, employant tambourin et costumes provençaux. C’est la première fois que le provençal apparaît sur une scène de théâtre parisienne et royale. Selon la biographe de Mondonville, Roberte Machard, le compositeur s’inspira de cette idée qui fut couronnée de succès, lorsqu’il créa son opéra.

Esthétique du pot-pourri

LOUS DIVERTISSEMENS DE MONTPELLIER, Collection particulière.

L’opéra Daphnis et Alcimadure ne se rattache pas à l’esthétique du pot-pourri alors très pratiqué dans les salons au XVIIIe siècle, contrairement aux deux autres opéras en occitan presque contemporains l’Opéra de Frontignan et Lous Divertissemens de Montpellier. Les deux créateurs de ces pièces enchaînent des airs connus et jouent sur le registre du burlesque.

Le pot-pourri est un sous-genre musical qui appartient aux divertissements et autres jeux d’esprits qui se pratiquaient dans les salons de la haute société de l’Ancien Régime.

Il désigne un morceau de musique fait d’un assemblage de différents airs connus, enchaînés les uns à la suite des autres, empruntés à des sources diverses ou à une œuvre unique, de plusieurs ou d’un même auteur.